Le mixte par paire avec Léo, Pierre et MKB

Le rendez-vous annuel des meilleures paires mixtes françaises

La Division Nationale Mixte par paires a eu lieu : une épreuve qui rassemble les meilleures paires mixtes françaises, disputée sur deux week-ends (24-25 janvier, puis 31 janvier – 1er février).

Au rang théorique, trois paires partaient avec l’étiquette de favorites : Anne-Laure Tartarin – Quentin Robert, Donatella Halfon – Philippe Cronier et Sylvie Gombert – Lionel Sebbane.

De mon côté, je retrouve la DN pour la 4e fois consécutive avec mon partenaire Luc — et le 25 janvier, c’était aussi mon anniversaire 🎂

Une première donne de MKB

Je commence par une donne à haut palier jouée contre Anaïs (ma partenaire en équipe de France Dames) et Léo. Je suis en Sud, et les enchères montent rapidement.

Le contre de mon partenaire montre une bonne enchère de 4, avec une intention claire de surenchérir. Dans ce contexte, passer est très rare.

De mon côté, je sais que je vais fitter à Cœur avec quatre atouts, et que je possède une courte dans la deuxième couleur des adversaires. La question n’est donc pas si nous allons plus haut, mais comment décrire correctement ma main.

À la table, j’ai bêtement annoncé 5. Résultat : nous empaillons le chelem. A posteriori, l’enchère correcte était clairement 5, pour nommer ma courte. Cette enchère laissait toute latitude à mon partenaire, qui envisageait encore un contrat plus élevé, et permettait une meilleure évaluation globale de la main.

Les quatre jeux :

Deux donnes de Léo : réveil par contre, et c’est l’hécatombe

Mon adversaire de droite ouvre de 3 avec seulement 6 cartes. Ça ne va pas très bien tomber pour elle… mais c’est une enchère pour laquelle j’ai de la sympathie : une jolie couleur sixième et un singleton. Je n’aurais pas fait cette enchère vulnérable, mais vert/vert, ça se tente. Et en plus, vert/vert, c’est vraiment la meilleure enchère pour voler le contrat en tournoi par paires.

Je passe dans un premier temps, ça passe à gauche, et là Anaïs produit une très bonne enchère gagnante : malgré ses 5 cartes à Cœur, elle décide de réveiller par contre, avec également 3 jolis Piques et surtout un singleton Trèfle, en pouvant espérer un peu de Trèfle chez moi et une pénalité à prendre.

Et maintenant, j’ai certes 4 cartes à Pique avec 5 Trèfles, mais seulement le 10 et le 9. En nommant les Piques, je ne suis même pas sûr de tomber sur un fit ; et en passant, je suis quasiment sûr de marquer dans ma colonne, voire de prendre une bonne pénalité. Donc je passe, sans trop me tracasser.

À moi d’entamer maintenant. Je sais que l’entame normale serait le doubleton Cœur, mais il est bien connu que je n’aime pas faire comme tout le monde : je décide d’entamer Pique sous l’As. (Il est vrai qu’à la couleur, on nous apprend de ne jamais entamer sous un As, car on pourrait filer le Roi au déclarant. Mais dans cette séquence, la déclarante a promis peu de jeu avec son ouverture de barrage. Si ma partenaire n’a pas le Roi, il sera sûrement au mort ; et la déclarante ne s’attendra pas à l’As chez moi et se trompera.)

C’est d’ailleurs ce qui s’est passé à la table : après mon entame, la déclarante a placé le 10 pour le Valet d’Anaïs, qui rejoue maintenant le Roi de Cœur. Je mets la plus grosse pour donner le compte, pris de l’As. La déclarante rejoue le Roi de Pique et, surprise, Anaïs met un petit : elle défausse quand même un Carreau et voit la supercherie quand je prends de l’As.

Je comprends maintenant que la déclarante a une carte à Pique, 3 cartes à Cœur (car Anaïs n’en a pas 6), et 2 ou 3 Carreaux et 6 ou 7 Trèfles : sûrement 3 Carreaux et 6 Trèfles.

Il faudrait donc que je coupe un Cœur, qu’on prenne les 2 Carreaux, et qu’ensuite Anaïs rejoue Carreau pour me mettre en uppercut avec mon 10 de Trèfle derrière l’adversaire. Je tire donc le Roi de Carreau, qui fait la levée. Je rejoue Cœur, Anaïs prend ; il me faut couper à Cœur, tirer l’As de Carreau maintenant, puis rejouer Carreau pour forcer le déclarant à couper d’un gros et affranchir mon 10 en uppercut, pour marquer 500.

Bonne enchère et bonne défense d’Anaïs, qui nous rapporte une très bonne note. Pour l’enchère de 3, je dois avouer que j’aurais fait la même chose… malheureusement, elle n’est pas bien tombée.

Embrouiller la table pour sauver 3SA

Mon adversaire de droite ouvre d’1. J’ai une invention assez évidente à 1SA, avec l’arrêt Trèfle et 16 points réguliers (pour une fois que j’ai mon enchère d’1SA en TTP vert/vert, ahah). Anaïs conclut normalement à 3SA. Mon adversaire entame le 7 de Trèfle.

Je compte 3 levées de Trèfle, sûrement 4 levées de Carreau, et 2 levées de Cœur après être passé par l’As de Cœur. Le seul problème, c’est qu’après l’As de Cœur, les adversaires peuvent prendre 5 levées avant que j’en fasse 9 avec 4 Piques et 1 Cœur. De plus, avec l’ouverture en Sud, il a sûrement l’As de Cœur et As-Roi de Pique ; il ne sera pas difficile pour lui de rejouer l’As ou le Roi de Pique quand il prendra la main.

Je décide donc de prendre de la Dame de Trèfle du mort et de jouer moi-même le 10 de Pique pour embrouiller la défense. L’adversaire prend du Roi, voit le compte de sa partenaire, mais ne peut pas encore savoir à ce stade si cela provient de 2 ou 4 cartes. Il décide donc de rejouer Trèfle pour affranchir son 4e Trèfle.

Parfait : mon plan marche bien pour l’instant. Je prends du Roi, et maintenant il est temps d’affranchir mes 2 levées de Cœur. Je joue Cœur pour le Valet ; Sud prend de l’As. Il peut toujours tirer l’As de Pique et faire 4 Piques + l’As de Cœur, mais en jouant Trèfle, il affranchit son Trèfle et l’As de Pique peut être sa reprise pour le faire. Il rejoue donc Trèfle, et maintenant je peux faire 4 Carreaux, 3 Trèfles et 2 Cœurs sans que les adversaires fassent 5 levées.

Joli coup psychologique, non ? En sachant que mon contrat semblait voué à l’échec, je décide moi-même de jouer ma couleur faible pour embrouiller l’adversaire ! Cette technique est à manier avec précaution, dans des cas assez précis, mais honnêtement, le peu de fois où je l’ai utilisée, elle a réussi… et je dois avouer que c’est des coups que j’adore.

Plein de contres avec Pierre et Nathalie…

Que faites-vous après le contre ?

Mon raisonnement s’articule ainsi : avec 11H et trois Cœurs, j’ai naturellement envie de fitter ma partenaire. Cependant, dépasser le palier de 2 avec une main 4333, une Dame de Pique isolée et face au contre adverse me semble risqué.

Je choisis donc une alternative. Je commence par annoncer XX, ce qui montre au moins 11H et, en principe, l’absence de fit à Cœur. Mon objectif est de dire 2 par la suite pour permettre à Nathalie de passer si elle est minimum.
Mon adversaire de gauche annonce 1♠, Nathalie rallonge ses Cœurs à 2. Maintenant que je connais notre fit neuvième, passer serait bien trop pessimiste. Je propose la manche en annonçant 3, ce qui clôt la séquence d’enchères.

Ouest entame du 5 de Trèfle. Nathalie tire ses Trèfles maîtres en défaussant un Pique, puis rejoue le quatrième Trèfle en défaussant son dernier Pique.
Est, en main, rejoue le 10 de Carreau pour le Roi et l’As d’Ouest. Ouest continue Carreau pour la Dame de Nathalie, qui joue alors le Roi de Cœur, pris par l’As en Ouest. Nathalie concède encore une levée de Carreau avant de pouvoir réclamer le reste, le Valet de Cœur étant second.

L’intervention à 2 montre six cartes dans une majeure. En Nord, je commence par passer car le contre sur 2♦ aurait une connotation punitive. Est annonce 2, ce qui signifie : « passe si tu as les Cœurs, corrige à 2♠ si tu as les Piques ». Ouest corrige effectivement à 2♠.

Je décide alors de contrer, un contre d’appel plus intéressant que l’enchère de 2SA pour les mineures. Cette approche permet à ma partenaire de passer le contre si elle possède du Pique, tout en nous donnant la possibilité de retrouver un éventuel fit 5-3 à Cœur. Pour information, si Nathalie annonçait 2SA sur mon contre d’appel, ce serait à moi de choisir dans quelle mineure jouer.

Nathalie se retrouve face à une situation délicate avec son 4333 de 15H. Elle prend une excellente décision en tournoi par paires : passer. Elle possède quatre levées de défense, la vulnérabilité est favorable puisque les adversaires sont rouges, et annoncer 3 avec sa main archi-régulière serait très problématique. Elle fait donc le pari raisonnable que 2♠ chutera fréquemment.

À l’autopsie, le contrat chute d’une levée sur la pointe des pieds : nous réalisons deux levées de Pique, deux levées de Trèfle, une levée de Cœur et une levée de Carreau.
En match par quatre, passer serait trop dangereux, mais en tournoi par paires, c’est une option très sensée. D’ailleurs, ce choix a été reproduit à d’autres tables.

Classement provisoire après le premier week-end

Après ces deux premières séances, le Top 3 provisoire :

  1. Gaëlle Beineix – Jean-Marie Pallier : 58,35 %
  2. Nathalie Frey – Pierre Bedouet : 55,65 %
  3. Pauline Schmidt – Pierre Schmidt : 55,30 %

Et puisque cet article est co-écrit par Pierre, Léo et moi-même, nous suivons évidemment nos propres performances de près : Luc et moi : 11e avec 51,91 % ; Anaïs Leleu – Léo Rombaut : 10e avec 52,21 %.

Deuxième week-end : des choix d’enchères ambitieux

On enchaîne avec deux donnes jouées lors du deuxième et dernier week-end, toujours dans le même thème que ma première donne : les décisions à haut palier. Cette donne est intéressante pour toute la table, nous jouons contre Isabelle Bello et Cédric Lorenzini, la paire qui terminera troisième. Je suis en Ouest, et les enchères démarrent ainsi : 1 en Nord, 3♠ en Est, 4♠ en Sud.

À ce stade, j’ai le choix entre 5♠, pour barrer au maximum, ou 5, pour guider l’entame.

Je choisis 5♠, car j’ai également un complément à ♣, et je n’ai pas spécialement envie d’orienter la défense vers un chelem adverse : je ne possède qu’une levée et demie de défense.

Nord finit par annoncer 6, et Luc, aidé par mon soutien à 5♠, choisit de défendre à 6♠, malgré son absence totale de levée de défense.

Sur cette donne, toujours contre Isabelle et Cédric, l’enchère clé se situe en Est, avec la main de Luc. La séquence débute 1♠ – passe – 4♠ – 5. Avec peu de perdantes, on peut envisager un complément à ♣ chez le partenaire, ce qui ouvrirait la porte au chelem.

La seule enchère permettant de demander au partenaire d’évaluer sa main est alors 5, puisque 5♠ serait compétitif et X clairement punitif.

Avec la main que je possède, il est en revanche évident de refuser toute ambition de chelem : j’ai déjà montré une courte en sautant à 4♠, et je n’ai pas d’éléments complémentaires significatifs à apporter. Nous nous contentons donc de 5♠ égal.

On termine avec deux donnes de Pierre

Sur le 1SA de Sud, que dire en Nord ?

Avec mes 15 points d’honneurs, une belle couleur cinquième et des points concentrés à Trèfle et à Cœur, je considère ma main trop forte pour enchérir 3SA. J’estime que ma main vaut plutôt 16H, donc je décide de dire 4SA quantitatif. Nathalie, avec ses 16H, décide d’accepter ma proposition et conclut à 6SA.

De manière générale, il faut entamer neutre contre ce genre de contrat. Avec la main d’Ouest, qui possède 7H, on pense que le partenaire a 0 point : raison de plus pour entamer neutre. Ouest décide d’entamer du 2 de Cœur (pair-impair contre 6SA) et Nathalie fera égal en jouant le Roi de Carreau, puis l’As. Elle donnera la Dame de Carreau à l’adversaire.

À noter que le contrat de 6 est excellent, même sur entame Pique. Vous prenez de l’As de Pique, puis vous tirez les Carreaux en tête. Si la Dame ne vient pas, vous pourrez jouer quatre tours de Cœurs en défaussant votre Pique perdant, en espérant que celui qui possède le dernier atout possède au moins trois Cœurs (manœuvre de Guillemard).

Ferez-vous la même enchère que Nathalie ? Deux choix s’offrent à vous : dire 4, une enchère pragmatique, ou jouer le contrat de 3SA. L’avantage de 4 est de ne pas trop se compliquer la vie. Nathalie, qui aime jouer 3SA (une habitude de mes partenaires), a préféré cette enchère.

Son raisonnement fut le suivant :

Je possède un très beau complément à Cœur et des arrêts dans les autres couleurs. Je souhaite aussi protéger mon Roi de Carreau à l’entame et, pour finir, en tournoi par paires, cela peut rapporter davantage. Finalement, je décide de conclure à 3SA.

L’adversaire entame du Valet de Carreau. Nathalie prend l’entame de l’As de Carreau et tente l’impasse Trèfle, qui échoue.
En main, Nord continue Carreau pour le Roi de Nathalie, qui joue Trèfle pour le Valet (pour éviter un blocage). Elle remonte dans sa main au Roi de Cœur, puis tire l’As de Trèfle (il ne faut pas l’oublier) et surprend le Valet de Cœur de la Dame pour réaliser un total de 10 levées. Un très bon coup ! Au contrat de 4, vous donnez deux Piques et le Roi de Trèfle. Une excellente décision !

Classement final : les favoris au rendez-vous

Au terme des quatre séances, le podium de cette année : Sylvie Gombert – Lionel Sebbane, devant Donatella Halfon – Philippe Cronier, tandis que Isabelle Bello – Cédric Lorenzini complètent.

De notre côté, Pierre – Nathalie et Luc – moi terminons aux alentours de la dixième place, un classement cohérent avec notre niveau de jeu sur l’ensemble de la compétition, marqué par quelques occasions manquées de faire encore mieux.

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