Qui a dit que seuls les grands champions pouvaient rédiger des articles de bridge ? Funbridge vous propose depuis quelques mois un nouveau format d’articles où vous, joueurs talentueux, avez la possibilité d’écrire et de partager votre expertise sur les donnes qui vous inspirent le plus. Nous sommes ravis de vous présenter ci-dessous un article passionnant rédigé par l’un des membres de notre communauté.

Zoom sur l’auteur

Yoram Aviram est un joueur de bridge expérimenté et un ancien membre des équipes d’Israël Junior et Open avec quelques succès à son actif sur la scène nationale et internationale.

Yoram a arrêté le bridge il y a de nombreuses années pour se consacrer à sa famille et son travail (transactions informatisées et instruments financiers), délaissant ce sport de l’esprit pour un sport physique, le cyclisme sur route en compétition.

Il est revenu à sa vieille passion et a adopté Funbridge comme la plateforme pour rafraîchir ses connaissances.

Il partage avec plaisir des donnes particulièrement intéressantes avec la communauté Funbridge sur le blog.

Au bridge, on vous apprend généralement à jouer les cartes, pas l’adversaire. Mais parfois, l’adversaire devient la carte la plus importante de toutes.

🏆 Aperçu du tournoi

J’ai eu le plaisir de participer aux Transnational Winter Games 2026 à Prague. Notre équipe était composée de Zack-Ginossar – joueurs internationaux israéliens de premier plan, Pachtman-Zatorski – une paire mixte israélo-polonaise, probablement parmi les meilleures paires du monde actuellement ; et de mon partenaire et moi-même – Althsuler–Aviram – les “anciens” de l’équipe.

Le tournoi a débuté par une phase de suisse, dont 32 équipes (environ 40 % des participants) se qualifiaient pour les phases à élimination directe. Notre équipe s’est qualifiée, a ensuite remporté son premier match à élimination directe, avant de s’incliner en huitièmes de finale face à une très forte équipe polonaise.

Les équipes éliminées ont ensuite réintégré le suisse. Cette épreuve s’est très bien déroulée pour nous. Nous sommes restés en tête du classement tout au long, remportant tous nos matchs sauf un, pour finalement décrocher la médaille d’or.

💥 Face aux meilleurs

Le champ comptait de nombreux grands joueurs ainsi que plusieurs noms prestigieux. Dans un format suisse, les équipes affrontent toujours des adversaires de niveau similaire, si bien qu’en restant en haut du classement, nous avons rencontré de nombreuses équipes très solides. L’une d’elles était l’équipe Zimmermann — sans doute la plus performante au monde sur la dernière décennie.

À notre table, nous affrontions Zimmermann-Multon. Voici l’une des donnes que nous avons jouées.

Voici mes cartes en Est :

Sud, à ma gauche, a passé en tant que donneur. Mon partenaire a ouvert d’1 et j’ai rapidement sauté à 4, mettant fin aux enchères.

Sud a entamé du 6 de Pique, et mon partenaire a étalé un mort peu engageant :

Avec trois perdantes certaines (deux as et un atout), les perspectives semblaient plutôt sombres. J’ai tenté la Dame de Pique du mort, mais Nord a pris avec le Roi.

Nord a rejoué un petit Cœur. Sans grand espoir, j’ai fourni petit de la main et j’ai été surpris de voir Sud fournir petit également, permettant au Valet du mort de faire la levée.

C’était encourageant, mais je faisais toujours face à quatre perdantes : le Roi de pique, deux As mineurs et très probablement une deuxième Trèfle. Ma seule chance était de développer une levée de Carreau.

J’ai donc joué Carreau depuis le mort. Nord a fourni petit, et mon Valet a perdu contre l’As de Sud. Sud a continué avec l’As de Trèfle puis un autre Trèfle, tout le monde fournissant petit, révélant ma deuxième perdante à Trèfle.

Voici la position, le mort en main :

Le problème

Comment pouvais-je développer une levée de Carreau ? Une possibilité était que le Roi de Carreau tombe lorsque je coupe un carreau en main. Une autre était que Sud ne possède plus que le 10 ; dans ce cas, jouer la Dame du mort suffirait.

Les deux chances étaient faibles, mais laquelle était la plus probable ?

Première question : qui détient le Roi de Carreau ?

Sud a montré l’As et n’a pas entamé la couleur. C’était un indice. De plus, le fait que Sud prenne de l’As suggérait, par choix restreint, que Nord était plus susceptible de détenir le Roi.

J’ai donc supposé que le Roi de Carreau était en Nord.

Pour gagner le contrat, j’avais besoin que les Carreaux soient répartis soit Rxxx chez Nord, soit A10 chez Sud.

J’ai réfléchi un moment avant de réaliser qu’il existait un véritable indice !

Si Nord détenait effectivement Rxxx à Carreau, il pouvait battre le contrat en fournissant le Roi sur le premier Carreau joué du mort. Certes, jouer un Roi second en main non soutenu n’est pas naturel, mais ici il y avait une inférence forte : après mon saut direct à 4 sur l’ouverture de mon partenaire, il était peu probable que je possède l’As de Carreau. Avec une longue à Cœur menée par As-Roi et l’As de Carreau, la main aurait été trop forte pour cette enchère.

La vraie question devenait donc : Nord est-il assez bon pour mettre le Roi ?

Et la réponse était évidente : bien sûr ! Multon le ferait sans hésiter ! J’ai donc joué la Dame de Carreau du mort.

Multon, sans hésitation, a fourni petit, j’ai défaussé avec espoir ma perdante à Trèfle, et Zimmermann, avec une grimace visible, a lâché le 10.

Je suis ensuite revenu en main en coupant un Pique, puis j’ai demandé si les atouts étaient répartis. Ils ont marmonné quelque chose… puis ont jeté leurs cartes. Contrat réussi !

La donne complète :

Post-Mortem

Avec le recul, il est facile de critiquer le retour à petit Cœur de Nord à la deuxième levée, mais je pense que son jeu était correct. Le déclarant pourrait avoir besoin de couper un Trèfle au mort, donc rejouer atout de son côté avait du sens. Mais quel atout ? Avec toutes les mains visibles, on voit que jouer la Dame de Cœur est sans danger, mais du point de vue de Nord, la Dame pourrait facilement coûter une levée si le déclarant détenait des distributions de cœurs comme : AR10xxxxx, A10xxxxx(x) ou R10xxxxxx.

Le petit cœur ne perd que dans la distribution réelle, donc le jeu de Multon était tout à fait raisonnable.

Le succès du déclarant sur cette donne repose sur un indice qui ne fonctionne que contre un très bon joueur. Il est assez amusant de constater que la réputation d’un joueur peut parfois jouer en faveur… de l’adversaire.

De gauche à droite : Pachtman, Zatorsky, Altshuler, Aviram.

Quel est le concept des articles de la communauté ?

Vous souhaitez, vous aussi, écrire un article ? Chez Funbridge, nous aimons donner la parole à nos joueurs. Dans ce format d’articles, c’est vous qui rédigez vous-même le contenu. Si vous repérez une donne que vous trouvez particulièrement intéressante et que vous souhaitez la partager avec la communauté Funbridge, dites-le nous en commentaires ci-dessous ! Nous reviendrons vers vous rapidement.

Noémie
Chargée de contenus

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